Les chiffres sont stables depuis des années. Dans la fonction publique hospitalière, les femmes occupent environ 79 % des emplois. Elles représentent plus de 60 % des cadres de santé. Mais à mesure qu'on monte dans la hiérarchie — directeurs d'établissements, présidents de CME, directeurs généraux de CHU — la proportion s'inverse. La loi Rixain de décembre 2021 a fixé des objectifs de représentation équilibrée dans les instances dirigeantes. Elle constitue une avancée réelle dans la reconnaissance du problème. Elle ne résout pas ce qui produit le problème.

La fabrique des non-candidatures

Les études sur les inégalités de genre dans les postes de direction convergent vers un phénomène rarement nommé : le problème n'est pas principalement dans la sélection. Il est dans les candidatures — ou plutôt dans leur absence. Les femmes cadres de santé se présentent moins aux postes de direction. Non par manque d'ambition, mais parce que ces postes sont structurés autour d'une disponibilité totale, d'une mobilité géographique fréquente, d'une culture de l'engagement sans limite horaire — qui reste, dans les faits, plus compatible avec les conditions de vie des hommes que des femmes. Ce n'est pas une perception. C'est une réalité organisationnelle.

Ce que les quotas ne changent pas

Les quotas ont une vertu : ils rendent visible ce qu'on évitait de regarder et créent une obligation de résultat. Leurs limites sont également réelles. Un quota de femmes dans les instances dirigeantes ne modifie pas les conditions qui rendent les postes de direction accessibles ou non. Des femmes nommées dans des postes dont la culture organisationnelle n'a pas changé se heurtent aux mêmes obstacles structurels que leurs prédécesseures.

Ce que la santé révèle du reste

La santé est un secteur particulièrement éclairant pour analyser ce phénomène, parce que la féminisation est ancienne et massive à la base, et que le plafond de verre reste pourtant bien visible au sommet. Ce secteur montre que la représentation féminine dans un métier ne suffit pas à produire la représentation dans les instances de gouvernance.

Compter les sièges ne suffit pas à briser le plafond

La loi Rixain peut réduire les inégalités de représentation dans les instances formelles. Elle ne dit rien sur ce qui se passe entre les réunions. Les réseaux informels de pouvoir — les cooptations tacites, les soutiens non déclarés — ne sont pas régulés par les quotas. Ils constituent pourtant une part significative des mécanismes qui maintiennent les inégalités. Tant que la transformation se limitera à compter des sièges, elle mesurera un progrès réel mais partiel. Le plafond de verre ne se brise pas en imposant des présences. Il se brise en modifiant les conditions qui l'ont produit.

Geneviève MOMUS